Hôtel de Villeroy

Charles Grandon, dit l'Ainé, Portrait de Louis-François Anne de Neuville, duc de Retz et de Villeroy, Lyon, 1748.
© musée des Tissus – D.R.

Le cœur du musée

Situé au 34 rue de la Charité, jouxtant l’hôtel de Lacroix-Laval, l’hôtel de Villeroy est devenu le coeur du musée des Tissus après la seconde guerre mondiale. Illustration du classicisme français, cet ensemble architectural, érigé au XVIIIe siècle, a connu plusieurs vies avant d’abriter ses trésors textiles.

 1729 : Construction d’un hôtel entre cour et jardin

Rue de la Charité. En plein cœur de Lyon. L’endroit idéal pour faire bâtir sa demeure, pense, avec raison, Claude Bertaud de la Vaure, conseiller à la Cour des monnaies, architecte, ingénieur et voyer – responsable de la voierie – lyonnais, lorsqu’il achète le terrain du numéro 34, appartenant à l’abbaye d’Ainay, en 1729. Moment approprié, également, puisque s’ouvre alors cette rue Neuve de la Charité.

À l’époque, l’hôtel Bertaud est le plus remarquable et le plus luxueux de la ville, avec son vaste porche d’entrée ouvrant sur cour, son bâtiment de trois étages, entre un jardin et une orangerie sur l’arrière, aujourd’hui disparus. Il attise les convoitises et connaît diverses fortunes, au grand dam de son propriétaire.

© musée des Tissus – Sylvain Pretto

 1745 : La résidence des Gouverneurs du Lyonnais

Réquisitionné par les militaires venus réprimer la révolte des ouvriers en soie, il devient, en 1745, la résidence des gouverneurs du Lyonnais. Le duc Louis-François-Anne de Neuville de Villeroy y pose ses malles et lui donne son nom actuel. Le rez-de-chaussée est alors réservé à la réception, le premier étage au gouverneur et à son secrétaire, le deuxième aux officiers du nouveau gouvernement et les combles aux domestiques.

© musée des Tissus – Sylvain Pretto

 1791 : l’Hôtel déclaré bien national

Le 3 avril 1775, l’hôtel de Villeroy est vendu à Joachim Baland d’Arnas, conseiller en la Sénéchaussée, jusqu’à ce que la Révolution ne change une nouvelle fois la donne. Le bâtiment est déclaré bien national, en 1791, en raison de l’émigration de Joachim Baland d’Arnas. Restitué en 1800 aux héritiers, l’édifice abrite, dans une de ses ailes, une congrégation religieuse, avant d’être cédé, en 1825, à des promoteurs. En 1829, le bâtiment, bien de l’État, accueille les ateliers de la Monnaie, avant d’être adjugé à un fabricant de soieries. Il est acquis par l’École supérieure de Commerce de Lyon en 1872, puis par la Chambre de Commerce en 1935. Entre 1923 et 1939, le premier étage abrite le musée colonial de la Chambre du Commerce. Un signe…


 1945 : Et l’hôtel devint musée…

Il faut attendre l’automne 1945 pour que le lieu se transforme durablement. Les collections, mises à l’abri pendant la seconde guerre mondiale au château de la Bâtie-d’Urfé, sont rapatriées à Lyon au Palais de la Bourse, avant d’investir l’hôtel de Villeroy.

D’importants travaux et des transformations internes, nécessaires à la mise en place du parcours muséographique et à la circulation des visiteurs, sont entrepris. En 1953, la Chambre de Commerce acquiert la salle Blanchon, une salle de théâtre et de conférences des années 1920, située entre l’hôtel de Cuzieu, l’hôtel de Villeroy et l’hôtel de Lacroix-Laval, afin de l’affecter aux collections orientales. En 1961, elle est détruite pour doubler la surface d’exposition et c’est ainsi que la salle des Tapis voit le jour. La construction d’une aile moderne et la métamorphose en salle d’exposition temporaire de l’ancien local industriel de l’École de commerce, pourvu de trente-cinq métiers à tisser, interviennent dans les années 1960-1970. L’ajout de parois inclinées dans la salle des Tapis se fait en 1996.

2019 © musée des Tissus – Pierre Verrier

 2019 : une nouvelle ère

Le 14 janvier 2019, les clés de cet hôtel particulier sont remises à la Région Auvergne-Rhône-Alpes par la Chambre de Commerce et d’Industrie de Lyon Métropole–Saint-Étienne–Roanne dans le cadre du projet de renaissance du musée. Dans un calendrier proche, des travaux de conservation-restauration des bâtis anciens, voire un geste architectural fort, seront entrepris pour redonner au site sa splendeur passée et le transformer en lieu de vie, de détente et de culture au sein de la Presqu’île.

Hôtel de Lacroix-Laval

Marianne Loir, Portrait de Jean de Lacroix-Laval, Lyon, vers 1750.
© musée des Tissus – D. R.

Un ensemble architectural exemplaire

Jouxtant l’hôtel de Villeroy, au numéro 32 rue de la Charité, se dresse celui de Lacroix-Laval, abritant le musée des Arts décoratifs depuis 1925. Havre de paix en plein cœur de Lyon, idéalement situé entre Saône et Rhône, cet hôtel particulier forme depuis les années 1925 avec celui de Villeroy un seul et même ensemble architectural, le mur séparant les deux bâtiments ayant été détruit et remplacé par un escalier.

L’hôtel de Lacroix-Laval est l’une des premières réalisations lyonnaises de Jacques-Germain Soufflot, à qui l’on doit le Panthéon à Paris et l’Hôtel-Dieu de Lyon. La commande vient de Jean de Lacroix-Laval, conseiller à la Cour des Monnaies de Lyon et frère de son ami, trésorier de France à Lyon, l’abbé Antoine de Lacroix-Laval. Le commanditaire vient d’acheter ce terrain en plein cœur de Lyon à un mousquetaire de la garde du Roi.

© musée des Tissus – Basset

 1738 - 1754 : Des particularités novatrices

Dans une volonté claire d’affranchissement des codes de la hiérarchie sociale des siècles passés, ce monument comprend trois étages de même hauteur sous plafond, au lieu d’un seul étage dit «  noble », généralement le rez-de-chaussée.

On ne compte pas moins de quatre cuisines et une circulation qui distribue dorénavant plusieurs appartements occupés par des locataires. L’ensemble s’articule autour de l’escalier qui mène aux étages supérieurs et d’une cour d’honneur, flanquée d’écuries et de communs, encore conservés.

Le fils de Jean, qui hérite des lieux en 1764, est guillotiné en 1793, place des Terreaux. Heureusement, le riche édifice échappe aux destructions ordonnées par les révolutionnaires et il est restitué à la famille de Lacroix-Laval en 1794, devenant l’un des rares témoins de l’habitat de la noblesse sous l’Ancien Régime.

J. Simont, « Le Musée des Arts Décoratifs de la Chambre de Commerce de Lyon », L’illustration, Paris, 30 mai 1942.
© musée des Tissus – Pierre Verrier

 1919 - 1925 : Un projet cher aux lyonnais

Au lendemain de la première guerre mondiale, le 27 janvier 1919, il est acquis par la Société pour le développement des musées de Lyon, constituée d’un ensemble de notables lyonnais. Le 29 juin 1922, l’hôtel est confié à la Chambre de Commerce afin de créer, à Lyon, un musée des arts décoratifs.

© musée des Tissus – Sylvain Pretto

 1957 : Un patrimoine inscrit au titre des Monuments historiques

Après de vastes travaux visant à redonner à cette demeure son caractère d’hôtel particulier, notamment en lui adjoignant des éléments architecturaux provenant d’hôtels détruits, le musée des arts décoratifs est inauguré le 20 juin 1925. Son bâtiment, sa cour, et son jardin transformé en parterre «  à la française », d’après le dessin de l’architecte-paysagiste René-Édouard André dans les années 1920, sont inscrits au titre des Monuments historiques en 1957.


 2019 : Un nouveau propriétaire, de nouvelles ambitions

Le 14 janvier 2019, la Chambre de Commerce remet, dans le cadre du projet de renaissance du musée, les clés des deux hôtels particuliers à la Région Auvergne-Rhône-Alpes, propriétaire depuis le 24 octobre 2018. Dès 2020, des travaux de conservation-restauration du bâtiment seront entrepris pour lui redonner tout son éclat et créer un parcours muséographique conforme au projet de renaissance du musée.